L'accompagnement après 60 ans
Evelyne Di Pasquale

 


 
 

 

Chef de service éducatif à Tréguier, Evelyne Di Pasquale est l'auteur d'un mémoire sur l'accompagnement des personnes handicapées mentales après 60 ans.
Une étude menée à partir d'entretiens individuels, expression des choix de vie à l'heure de la retraite.

Éducatrice spécialisée diplômée en 1971, Evelyne Di Pasquale exerce son métier " avec un intérêt sans cesse renouvelé. " Son parcours professionnel à l'ADAPEI 22 est particulièrement riche. Il lui a permis de participer à la mise en place du CAT, du foyer d'hébergement (1983) et à la création du Service d'accueil et de travail adapté (1988). " Mon cheminement auprès de personnes handicapées mentales durant de longues années n'est pas étranger à l'intérêt que je porte à propos de leur devenir à l'heure de la retraite, explique-t-elle. Par des contacts réguliers avec les familles, je connais l'inquiétude des parents âgés. Que vont devenir leur fils ou leur fille après leur disparition ? Les parents pensaient que leurs enfants décèderaient jeunes, donc bien avant eux, ils ne sont pas prêts à l'inverse. En l'absence de solutions, ils ne peuvent pas se projeter dans l'avenir en imaginant le mode de vie de leur enfant vieillissant. Leur souhait est le maintien de la prise en charge dans l'association et dans les lieux où ils ont des repères, près des autres résidants qu'ils connaissent… "

 
 

 

Garantir une bonne qualité de vie

Soucieuse de trouver des propositions adaptées aux personnes " quand le moment sera venu " et de les aider à préparer ce changement de vie, Evelyne Di Pasquale s'investit, en 1988, dans l'organisation du Congrès national de La Baule " Handicapés et vieillissement " et intègre le groupe de travail du CREAI Bretagne qui mène une enquête régionale sur le sujet. La formation au collège coopératif de Bretagne lui permet d'approfondir la question. Elle pose un regard rétrospectif sur la construction du secteur de l'enfance inadaptée, à travers l'histoire et la législation " pour tenter de comprendre et de montrer comment on est passé de l'enfermement de la fin du XIXe siècle à l'accompagnement proposé aujourd'hui. " Elle se penche aussi sur les problèmes particuliers rencontrés par les personnes vieillissantes, sur les aspects quantitatifs, sur la notion de qualité de vie et sur la question de l'accompagnement de cette période de vie.
" Plutôt que la recherche de solutions, problème que les associations et les professionnels savent résoudre, il me paraissait plus important de connaître l'avis des personnes concernées. " Dans sa démarche, Evelyne Di Pasquale donne la parole aux personnes de l'ADAPEI, hommes et femmes de plus de 55 ans, travaillant ou ayant travaillé en CAT. A partir d'entretiens enregistrés, elle découvre " leur capacité à évaluer la qualité de vie qu'elles ont pu atteindre et l'expression de leurs désirs à l'heure de la retraite. " Pour elle, ces rencontres sont " pleines de richesses, de sincérité, de confiance et de pudeur. " Les personnes évoquent les aides dont elles auront besoin et " ce qu'elles envisagent est cohérent avec leur mode de vie actuel. En fait, leurs projets sont similaires à ceux de toutes les personnes qui arrivent à la retraite. Les plus autonomes souhaitent vivre chez elles, à leur rythme, pratiquer des activités qui leur plaisent quand elles en ont envie.

 

A travers la parole des personnes (ici François Le Goffic, 76 ans, ancien ouvrier de CAT), Evelyne Di Pasquale a découvert leur capacité à évaluer la qualité de vie qu'elles ont pu atteindre et l'expression de leurs désirs à l'heure de la retraite.

 

Quelles autres similitudes ou différences avec les futurs retraités que nous sommes ? "
Pour Evelyne Di Pasquale, il reste encore beaucoup à faire. " Le temps est loin où la solution envisagée consistait à regrouper les personnes retraitées dans une maison de retraite spécialisée et départementale. La nouvelle loi de 2002 favorise les solutions personnalisées et les associations comme les départements intègrent ces données dans les schémas départementaux. L'accompagnement des personnes handicapées mentales âgées et en fin de vie est un nouveau défi pour les professionnels car tout est à construire. "

" Chacun peut s'exprimer sur des choix liés à son avenir
et en cohérence avec ses capacités d'autonomie. "

 

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