| |
S'il
est difficile d'appréhender une définition satisfaisante
du handicap,
celle du polyhandicap est encore plus ardue.
Christine Lelouey-Boinet (Les Sorbiers) et Françoise Nicolas
(Roc Bihan),
psychologues, s'associent à la réflexion.
|
|
|
L'arrivée
dans une maison d'accueil est pour de nombreuses familles, et pour
des établissements, la fin d'un parcours difficile de recherche
et de placement. Chaque semaine, au moins une famille/tuteur ou
un travailleur social sollicite l'un des établissements pour
une demande d'accueil. La liste d'attente commune aux deux MAS est
remise à jour régulièrement.
Toutes les personnes inscrites ont eu une notification Cotorep d'orientation
en MAS.Il est toujours difficile de répondre qu'il n'y a
pas de place de disponible et qu'il est impossible de prévoir
un délai d'admission. Il n'y a pas d'extension d'agrément
; il faut attendre un départ ou une réorientation.
|
Quand une place
se libère, le dossier de candidature est examiné par
le médecin psychiatre et par la commission admission. Cette
commission est composée du directeur, directeur-adjoint,
chef de service et psychologue des deux MAS. En effet, le placement
s'inscrit dans une pérennité, une longévité
que l'établissement doit pouvoir prendre en compte. Une personne
placée à l'âge de 20 ans en MAS y passera le
reste de sa vie, sous réserve de l'évolution grave
de son état de santé ou de son comportement qui pourrait
entraîner un placement respectivement en long séjour
ou en hôpital psychiatrique. Pour une intégration réussie,
la commission se doit de porter un double regard sur la candidature
: choisir entre les deux MAS celle qui correspondra le mieux à
ses attentes, tenir compte des spécificités pathologiques
des résidants accueillis sur ce groupe.
Imaginer
un avenir
Il n'y a pas un polyhandicap mais
des polyhandicaps. Les origines en sont multiples. Il existe les
maladies rares, les atteintes génétiques dont la
plus connue est la trisomie 21, les anoxies liées à
des accouchements difficiles, les encéphalopathies, les
accidents de la vie (séquelles de maladies, d'accidents
).
Toutes les personnes reçues à Roc Bihan et aux Sorbiers
ont en commun une déficience intellectuelle, voire même
une arriération mentale profonde. A celles-ci s'associent
des expressions cliniques multiples que l'on peut aussi appeler
des surcharges, surdité, cécité, syndrome
autistique, troubles psychiatriques, épilepsie
Ces
éléments donnent à ce tableau très
caractéristique toute sa gravité.
Les conséquences sur la vie affective et relationnelle
sont très lourdes. Ces personnes, extrèmement dépendantes,
ont besoin d'être aidées dans tous les actes de la
vie quotidienne. Les MAS souffrent généralement
de l'image péjorative d'un lieu où peu de choses
sont possibles du fait de l'extrême dépendance de
résidants et de l'absence de communication verbale. Le
risque serait de n'y voir que la nécessité d'un
placement au long terme et d'un accompagnement vers la fin de
vie. Cette réalité ne saurait se réduire
à ce simple énoncé. Les MAS sont avant tout
des lieux de vie.
La personne handicapée vient avec une histoire, une trajectoire
de vie dont il ne faut pas faire abstraction, au risque de la
déstructurer. L'histoire de la personne handicapée
permet de mieux la connaître, de la comprendre. Le passé
éclaire le présent. Cela permet de la faire exister.
Il est important de connaître l'histoire familiale, les
réseaux relationnels et affectifs de chaque personne afin
d'anticiper et d'accompagner, autant que possible, les ruptures
qui se produiront inéluctablement. Le contact et la collaboration
avec la famille sont nécessaires.
 |
Les parents
évoquent leur propre avancée en âge
et le devenir de leur enfant. Ils souhaitent un accueil,
que nous prenions leur enfant " jusqu'au bout ".
Nous devons avoir l'humilité de dire que cela dépendra
de l'état de santé de leur enfant. Nous avons
nos limites (médicale, comportementale). Il ne faut
pas rassurer pour rassurer mais reconnaître que nous
serons peut-être un jour conduits à passer
le relais. Par contre, nous pouvons nous engager pour que
cette autre et parfois ultime orientation se passe le mieux
(et le plus tard) possible.La préparation de l'accueil
est une phase importante pour le résidant, et plus
encore pour les familles. La manière dont elles vont
comprendre l'établissement et réussir à
le percevoir comme un lieu de vie va conditionner la nature
du lien entre elles et l'institution et permettre l'instauration
d'un lien de confiance ou de réserve. Il nous faut
aider les familles en créant des liens qui se tissent
au fil du temps, en écoutant, en accueillant leur
souffrance
C'est aussi permettre à la personne
handicapée et à sa famille d'imaginer un avenir,
de se projeter dans l'avenir.
|
Notre rôle
est également d'aider les parents à s'autoriser
à vivre, ce que souvent ils ne se permettent plus depuis
l'arrivée de leur enfant handicapé.
La MAS est un lieu vivant où chacun a la possibilité
d'exister dans le temps, avec son histoire, un lieu de rencontres,
de découvertes
On ne peut pas accueillir des personnes
handicapées 10, 20 ou 30 ans en ne songeant qu'au quotidien.
Les personnes handicapées nous obligent à les écouter,
à prendre en compte leurs besoins, leurs désirs,
leurs attitudes. Un certain nombre de projets prend source à
partir de l'expression des personnes accueillies.
Les projets de vie dans une MAS qui accueille des adultes gravement
handicapés sont un moyen de créer une dynamique
tournée vers l'avenir qui permet à tous (résidants
et personnels) de ne pas être pris dans la chronicisation
et l'enfermement toujours menaçants. La vie quotidienne,
au sein d'une MAS, est une source d'enrichissement pour le résidant,
mais aussi de frustrations et d'insatisfactions. Il est indispensable
qu'un projet de vie soit écrit pour que l'on s'y réfère.
Ce projet doit évoluer en même temps que le résidant
pour réellement prendre en compte les besoins de chacun.
Le vieillissement de la personne handicapée interroge les
personnels. La perte des acquis et de l'autonomie les inquiète.
En ce sens, les réunions sont des lieux où l'équipe
pluridisciplinaire peut exprimer ce qu'elle vit, ressent. La périodicité
de ces réunions, de ces espaces de parole, est un facteur
important de soutien aux équipes soignantes et éducatives
face à des difficultés qui peuvent perturber leur
fonctionnement. C'est un temps qui apporte de l'expérience,
de la connaissance
C'est un soutien, en interne, par le
dialogue, la réflexion pluridisciplinaire, pour la recherche
de solutions adaptées aux problèmes présents.
Cette attention portée à la personne accueillie
se note par leur niveau d'épanouissement et contredit l'idée
de l'immuabilité du handicap.
Nous pouvons parcourir du chemin avec eux. Malgré la gravité
de leur handicap, ces personnes s'expriment, comprennent, perçoivent
des situations pour peu qu'on leur parle vraiment, que l'on croit
à un possible pour elles.
|
RETOUR ARCHIVES |
|