Opinion

Un nouveau défi humain
Geneviève Laroque


La longévité et l'espérance de vie se sont accrues pour tous, y compris pour les personnes handicapées, quels que soient l'origine, la nature et le niveau de handicap.

Présidente de la Fondation nationale de gérontologie, Geneviève Laroque répond aux interrogations
liées au vieillissement de ces personnes qui s'inscrivent dans celles, plus générales, du vieillissement des populations.


 
 

Le XXIe siècle semble devoir être caractérisé par un double phénomène. L'augmentation de la longévité moyenne de la population conduit à une nouvelle structure d'âge : les enfants et les adolescents diminuent en pourcentage, les adultes présumés actifs diminuent également, les personnes âgées, quant à elles, augmentent en pourcentage et en chiffres absolus, notamment aux grands âges, après 75 ou 80 ans. Les conséquences de ce changement massif de structure seront importantes dans tous les secteurs de la société, qu'il s'agisse de formation, d'emploi, de culture, de santé ou de toute autre activité.
La combinaison de l'évolution de la longévité moyenne et de celle du niveau et des modes de vie ainsi que des connaissances et pratiques médicales, renforceront les notions de durabilité, de " chronicité ". Beaucoup de personnes atteintes de maladies ou d'accidents jadis létaux survivront et le font déjà sans avoir pu être intégralement rétablies " restaurées " et nécessiteront durablement sinon définitivement un environnement et/ou un accompagnement sociétal, social, médical ou technique adaptés.

 
 

 

Les données de l'organisation de la société et de la protection sociale devront apprendre à considérer ces nouveaux besoins.
Nous vivons un paradoxe permanent qui fait coexister un plus grand nombre de personnes de tous âges, en pleine possession des capacités humaines, intellectuelles comme physiques, vivant mieux, plus longtemps et un nombre croissant de personnes fragilisées qui, autrefois, n'auraient pas survécu et qui poursuivent leur vie dans des conditions que cette même société, plus ou moins bien, vise à rendre plus satisfaisantes.
La survie prolongée des personnes handicapées est plus radicalement nouvelle que celle des vieillards " ordinaires ". Quelques grands vieillards ont toujours existé, le bouleversement tient à leur durée de vie plus grande dans un état de fragilité et à leur nombre rapidement croissant : on constate une transformation quantitative qui aboutit à une sorte de mutation qualitative.
S'agissant des personnes handicapées, le bouleversement est plus absolu, puisque certaines d'entre elles qui ne survivaient jamais au-delà de quelques années connaissent désormais des espérances de vie proches de l'ordinaire. Presque tout est à apprendre : la situation n'est observée que depuis un petit nombre d'années et l'analyse des conséquences de ce vieillissement ainsi que les propositions d'action sont encore insuffisantes.Certes, une meilleure adaptation de l'environnement social à certaines incapacités diminuerait les situations actuelles de handicap, pour les personnes déjà reconnues handicapées comme pour celles qui ne le sont pas, et rendrait la société plus " accueillante " à tous. Dans tous les domaines de la vie sociale, des efforts doivent être entrepris ou poursuivis afin d'éviter des exclusions " techniques " scandaleuses, en termes d'accessibilités/maniabilités/intelligibilités de toute nature, matérielles, organisationnelles, langagières ou autres. Des efforts non moins importants sont nécessaires pour juguler les exclusions " culturelles ", non moins scandaleuses.
Il n'en demeure pas moins que les déficiences personnelles subsistent et que la seule " ouverture " de la société par les adaptations souhaitables et nécessaires ne peut suffire pour assurer les compensations indispensables, indépendamment des politiques absolument nécessaires de prévention, dépistage, traitements de toute sorte, éducation/rééducation/réadaptation.
   

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