Handicap et emploidans l'Union européenneGérard Zribi |
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Président-fondateur de l'Association
nationale des directeurs et cadres de CAT (ANDICAT), Gérard Zribi
est actuellement directeur général d'une association gestionnaire
d'établissements et de services spécialisés (AFASER*).
Corapporteur de commissions ministérielles sur le travail protégé (1984 et 1990), il a participé à l'élaboration de plusieurs projets dans le cadre de programmes européens. Il nous donne son point de vue sur l'emploi des personnes handicapées dans l'Union européenne, " droits, statuts et rémunération ". |
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Le
statut social reste encore aujourd'hui essentiellement acquis par l'emploi
: la norme sociale dans nos sociétés est le travail. Le
lien économique conditionne, en effet, le lien social. Cette situation
concerne bien évidemment les handicapés pour lesquels l'intégration
professionnelle permet une meilleure image d'eux-mêmes et un regard
social plus positif. Pour d'autres, elle n'a pas de signification si ce
n'est de rassurer les familles et les professionnels par rapport à
des schémas normalisés.
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Diversité d'approches On note que cette situation varie selon les domaines économiques.
Ainsi, les emplois de services marchands et non marchands (restauration
rapide, entretien de locaux, amélioration de l'environnement) se
développent alors que les emplois industriels par le jeu d'un certain
nombre de facteurs (automation, concurrence internationale,
) régressent. Égalisation des droits et des chances Les réponses européennes en matière d'emploi ne sont pas toujours lisibles. Dans presque tous les pays européens, il existe, mis à part les établissements pour les handicaps générant une grande dépendance, trois grands types de réponses destinés aux adultes en matière d'activité : l'emploi normal, l'emploi protégé et l'activité occupationnelle. En ce qui concerne l'emploi normal, la plupart des pays ont des lois de discrimination positive (un quota de travailleurs handicapés dans les entreprises en France, en Allemagne, ) ou bien pour d'autres, des mesures d'incitation à l'emploi (comme au Danemark par exemple). Mais le constat est toujours le même : le niveau de chômage des travailleurs handicapés est considérablement plus élevé (2 à 5 fois selon la manière de comptabiliser) que celui des employés valides.
Les premiers correspondent aux ateliers protégés anglais, belges ou français. Les seconds sont analogues aux CAT français (et non aux foyers occupationnels de jour) ou encore aux " ateliers pour handicapés " allemands ou autrichiens. En Italie, les ateliers protégés correspondent aux centres occupationnels. Ajoutons encore, que ce qui ne rend pas les choses simples, c'est la diversité des modèles de fonctionnement. On trouvera ainsi des organisations véritablement économiques, des formules à prédominance éducative, sociale ou thérapeutique, et enfin, des formules mixtes. La question centrale, selon moi, qui doit être débattue au niveau des politiques sociales, est la suivante : si au nom de l'intégration totale en milieu ordinaire - qui ne concerne pas, on l'observe en permanence, tous les travailleurs handicapés - on renoncera à l'emploi protégé qui est considéré comme ségrégatif pour les uns et pour d'autres, une mesure d'égalisation des droits et des chances. Les rémunérations Les rémunérations sont quelquefois analogues à celles des employés normaux mais dans certaines structures de travail protégé, elles sont soit très spécifiques, soit détachées de l'activité professionnelle elle-même (on a l'exemple de pays, où l'État verse une allocation aux travailleurs handicapés auxquels l'activité économique des ateliers n'assure aucun revenu. Peut-on parler d'emploi sans revenu lié directement à l'emploi si l'on se situe dans la logique consensuelle du principe de normalisation. C'est encore une question fondamentale dont la réponse a un impact direct sur l'identité et la valorisation sociales des travailleurs handciapés. Les statuts Peut-on travailler sans avoir le droit du travail ? Comment concilier la protection des personnes et les droits des personnes au travail ? Comment parler de l'accroissement des droits des handicapés sans les rapprocher des droits de chacun ? Faut-il accepter la rupture de droits lorsque l'on se trouve dans certaines structures de travail protégé ? Il y a tout lieu e se pencher sur une émancipation possible avec réalisme mais sans frilosité. Les débats luxembourgeois sur l'attribution d'un statut de salariés aux employés des CAT sont très encourageants et seront stimulants pour tous les pays européens. Ils vont tout à fait enfin dans le sens des préconisations de l'organisation internationale du travail. Des pratiques nouvelles à l'articulation du social et de l'économique La remise en question des institutions uniformisées et conservatrices pour personnes handicapées, la multiplication depuis 20 ans de services ouverts et de solutions semi-protégées, " l'intégration assistée " et la diversité accrue des réponses ont permis de construire progressivement un continuum encore insuffisant, mais toujours plus riche de modes de vie et de travail, qu'ils soient institutionnels, partiellement intégratifs ou totalement ordinaires. C'est cette logique, non pas d'affrontement entre les institutions et les actions intégratives mais qui tient compte des aptitudes et des motivations individuelles ainsi que des possibilités environnementales, qui motive la prise d'initiatives nouvelles à l'articulation du social et de l'économique.
Droits et libertés Comme le note Alain Lebaude dans l'éditorial du
journal Le Monde Initiatives (mai 2002), puisque notre époque se
caractérise par l'incertitude, nous devons, plutôt que de
la nier, apprendre à la gérer, à la contrôler
et, prioritairement, trouver ensemble les réponses sociales susceptibles
de la compenser. Car plus que jamais, " si le constat est économique,
la réalité est sociale. " Mais, il faut affirmer clairement
que l'approche technique des associations et des professionnels ne pourra
être défendue valablement que dans le cadre de choix clairs
d'entraide sociale et d'un dialogue citoyen par rapport auquel les employés
handicapés chaque fois que possible, devront avoir toute leur place.
Il n'est pas inutile de rappeler que la formation des hommes et leur intégration
sociale ne peuvent se réaliser qu'avec l'intervention de budgets
publics conséquents. Gérard Zribi. *AFASER : Association des Familles et amis pour l'Accueil, les Soutiens, l'Éducation et la Recherche en faveur des personnes handicapées mentales. Dictionnaire du handicap de Gérard Zribi et Dominique
Poupée-Fontaine. 308 pages (novembre 2002). Ouvrage complet indispensable
pour répertorier les adresses d'associations d'aides aux handicapés. Handicapés mentaux et psychiques. Vers de nouveaux droits. Éditions ENSP 2003. |