LE TRAVAIL PROTÉGÉ EN C.A.T.

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Depuis près d'un demi siècle, les parents de personnes handicapées mènent des actions auprès des pouvoirs publics pour que leurs enfants bénéficient d'un soutien et d'une prise en charge relevant de la solidarité nationale. La loi d'orientation de 1975 a reconnu formellement que le handicap nécessite une compensation. Pour les personnes handicapées mentales, la compensation spécifique de leur déficience intellectuelle a un nom : c'est l'accompagnement et ce dernier ne peut être qu'un accompagnement humain. Au fil du temps, se sont mis en place les Instituts Médico-Éducatifs, les Centres d'Aide par le Travail, les Maisons d'Accueil Spécialisé, les Foyers de Vie, et plus récemment les SESSAD et les Foyers d'Accueil Médicalisés... En ce qui concerne les adultes handicapés mentaux, l'idée géniale des parents pionniers a été de penser, de créer et de faire légaliser par la loi un instrument propre à assurer par leur accompagnement au travail la compensation ee la déficience intellectuelle de leurs enfants handicapés, pour lesquels le travail représente un moyen de valorisation personnelle et d'intégration dans la cité. De cette idée est né le concept de Centre d'Aide par le Travail (C.A.T.).
 
 

Les textes officiels qui s'en sont suivis précisent que le CAT est un établissement qui s'adresse aux personnes handicapées qui, en dépit d'une éducation spécialisée, sont "incapables de trouver dans le secteur compétitif l'emploi et les conditions de travail adaptés à leurs possibilités". Cet établissement est une institution particulière qui a un objectif économique de production mais absolument non lié aux règles administratives du commerce et de l'industrie. Sa grande originalité est d'avoir une double finalité : être d'une part une structure de mise au travail et être d'autre part une structure médico-sociale dispensant les soutiens requis par la personne handicapée, et qui conditionnent pour elle toute activité professionnelle.
Mais il ne faut pas perdre de vue que le CAT, dans son concept originel, n'est qu'un moyen dont la fin est l'accompagnement. Il est donc avant tout un établissement médico-social avant d'être une vraie entreprise. L'accompagnement est premier, il est le but ultime. Le travail est second. Cette dualité constitue le fondement même des CAT, aucun des deux aspects ne saurait disparaître sans que la vocation de l'établissement soit gravement altérée.
Accompagnement et travail sont deux données fondamentales des CAT, et tout le savoir-faire des encadrants qui y oeuvrent est de trouver en permanence un équilibre entre ces deux dimensions. Il convient d'éviter les deux écueils extrêmes : celui de l'occupationnel et celui du productivisme.
Pour ce faire, il convient de se rappeler en permanence que la mission première d'un CAT est l'encadrement de personnes déficientes. Dans une entreprise, l'objectif unique est le profit, alors que dans un CAT, l'objectif principal est la prise en charge des personnes handicapées.
Dans une société où le travail est et reste encore au centre de l'identité d'une personne (même si le nombre des inactifs ne cesse de progresser), le CAT contribue d'une façon harmonieuse à l'insertion professionnelle des personnes handicapées trop longtemps laissées pour compte par une société formatée par la Norme. C'est pour elles une façon de s'épanouir dans leur vie de tous les jours dans la mesure où il est tenu compte de la spécificité de leur handicap et du rythme propre à chacun.

Les CAT ont pour fonction d'accueillir des personnes présentant une déficience mentale ou physique qui les rend incapables d'obtenir un emploi dans le secteur normal. Il arrive toutefois que certains travailleurs, après apprentissage et adaptation de leur poste de travail, s'intègrent durablement dans des Ateliers Protégés ou dans le monde ordinaire du travail. Mais en réalité le constat est que 98% d'entre eux n'ont pas cette possibilité ou cette capacité, et, pourtant ils travaillent.

Ils travaillent au sens économique du terme en participant à une activité productive créant une valeur ajoutée et, à ce titre, ils participent à leur façon à l'accroissement de la richesse nationale. Ils ne sont pas reconnus individuellement employables par les entreprises, mais, leurs CAT, structures collectives, proposent sur le marché des produits et des services d'une qualité équivalente à ceux des entreprises ordinaires, ou sont des sous-traitants placés sur un pied d'égalité avec les entreprises en terme de délais et de conditions. Cela montre, s'il en était besoin, que les CAT sont bien des structures d'insertion professionnelle collective.

Les CAT, par leur valet production, sont quotidiennement en prise directe avec le milieu économique, et n'échappent pas de ce faire à la dure concurrence de la mondialisation. Pour réussir, ils doivent gagner leurs contrats et leurs marchés par leur compétence et leur savoir-faire. Ils doivent donc se doter d'équipements performants mais surtout mettre en oeuvre une démarche qualité afin de préserver leur compétitivité et leur crédibilité face à leurs donneurs d'ordre ou leurs acheteurs. C'est ce challenge que l'ADAPEI a décidé de lancer dans le courant du deuxième semestre 2002 et qui suit actuellement son cours à un rythme soutenu.

Pour éviter la primauté de la production sur l'accueil et l'accompagnement des personnes handicapées, la même démarche qualité va être conduite en ce qui concerne la qualité des prestations et des services rendus en interne. Cette dernière démarche ne s'arrêtera d'ailleurs pas aux seuls CAT ; elle concernera l'ensemble des établissements et services de l'Association.
Vaste programme qui va exiger de chacun et compréhension et participation active. Cela passe nécessairement par une remise à plat de nos pratiques quotidiennes, et peut être par de douloureuses remises en cause.

C'est le prix à payer pour un fonctionnement meilleur de notre institution.

Pascal Guyomard,
Président-adjoint de l'ADAPEI 22.

 

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