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Le besoin de créer a en effet toujours
conduit les hommes dans le domaine artistique pour exprimer leur culture
et leurs émotions. Comme ce domaine ne se situe pas dans le rationnel,
la logique, l'intelligence cérébrale, la culture est accessible
à tous, y compris de personnes handicapées mentales.
Aussi, en complément de la nécessaire prise en charge éducative
de ces personnes - qui consiste à leur faire faire de moins en
moins mal ce qu'elles ne feront jamais très bien - il convient
de leur proposer comme moyen d'expression des activités de créativité
artistique dans lesquelles elles excellent, prennent grand plaisir à
s'y adonner.
Toutes les personnes handicapées ne sont certes pas artistes, mais
toutes ont besoin d'exprimer la richesse de leur jardin secret, semé
de joies de peines et de fantasmes, par des moyens aussi divers que le
chant, la danse, le modelage ou la peinture.
Car paradoxalement, au plan de la créativité artistique,
ces "êtres différents" ne sont pas handicapés
par l'académisme ; ce qui les caractérise, c'est une très
vive sensibilité, une imagination débordante, une liberté
d'expression, qui n'est pas entravée par des normes. Sensibilité,
imagination, liberté d'expression, n'est-ce pas précisément
ce qui distingue toute création originale ?
Heureusement, parents et professionnels sont de plus en plus nombreux
à découvrir que faute de maîtriser le langage verbal
- tout en essayant d'améliorer cette fonction - il était
possible de proposer d'autres voies à leurs enfants ou résidents,
pour leur permettre d'exprimer leurs émotions sans crainte d'être
jaugés à l'aune de la normalité.
Mais il est fortement souhaitable que ces activités artistiques
soient animées par des artistes, extérieurs aux établissements,
pour bien signifier que nous ne sommes plus dans le cadre médico-social,
mais dans celui de l'activité artistique, qui n'est pas normative.
Ces intervenants sont par ailleurs plus naturellement portés à
admirer les talents de leurs amis qu'à inventorier leurs insuffisances
; ainsi, le regard positif qui est posé sur leurs capacités
les transforme déjà en les éloignant des difficultés
quotidiennes, dont ils ont conscience, pour les attirer dans un vision
de réussite : car le développement de leurs potentialités
artistiques entraîne inéluctablement, stimulés par
la satisfaction qu'ils retirent de cette pratique, des progrès
insoupçonnés dans d'autres domaines.
C'est pourquoi l'expression artistique, sans toujours "être
parole" est sans doute le meilleur facteur de promotion de la personne
handicapée : par la communication culturelle, la personne handicapée
cesse d'être uniquement celle qui reçoit des autres et parvient
à offrir quelque chose à son tour. Elle accède au
stade de l'échange qui est la définition la plus noble de
la nature humaine comme de la culture.
Daniel URBEJTEL,
Président de PERSONIMAGES
(2000-2003)
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